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Âme  

Étymologiquement, l'âme est le principe animateur, le principe de la vie.
Nous sommes habitués par la métaphysique chrétienne à distinguer l'âme et le corps. Mais cette conception dualiste n'est pas universellement partagée. La Tradition orientale notamment distingue une âme du plan physique, une âme du plan vital, une âme du plan animique, une âme du plan mental, une âme morale, une âme causale, etc... L'âme ainsi conçue rend compte de beaucoup de faits inexplicables autrement, et Paracelse, notamment, invoque la présence dans l'être humain d'une série de plans ayant chacun leur principe animateur.

On sait que les spirites placent entre l'esprit et le corps un corps astral, intermédiaire ; mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur la situation de l'âme dans ce système. Dans la mesure où ils se réfèrent au bouddhisme, ils considèrent l'âme comme mortelle (selon Bouddha, l'âme meurt avec le corps) ; dans la mesure où le spiritisme s'inspire d'esprit christianisant ou subit l'influence de la culture chrétienne, il sauvegarde le principe d'une âme impérissable, dont les destinées morales vont rejoindre le problème traditionnel du Karma.

L'âme quittant le corps lors de la mort répond à la fois à une réalité et à une fiction. Son départ — qu'on illustre sur les bas-reliefs égyptiens aussi bien que sur les gravures du Moyen Age par un oiseau blanc quittant le corps par les orifices naturels, la bouche généralement — est une réalité, comme le prouvent des témoignages irréfutables de l'histoire, la tradition la plus solide (Livre des Morts égyptiens), les expériences de métapsychique les mieux conduites.
Le départ de l'âme est aussi une fiction dans la mesure où la croyance populaire a voulu voir dans ce départ de l'âme vers Dieu une vacance du corps, risquant dès lors d'être habité par les démons.

Dans le cérémonial de la mort des papes, une garde de chevaliers en armes, la fermeture des fenêtres, la flamme de cierges consacrés mettent la dépouille mortelle du pontife à l'abri de pareille aventure. Dans les coutumes locales des funérailles, on trouve encore en bien des pays le souvenir de précautions analogues. La flamme du cierge, qui brûle près des morts, protège symboliquement et magiquement le corps des Démons (qui ne supportent que l'obscurité) ; la veillée funèbre est une précaution du même ordre. La flamme, par ailleurs, aide l'âme à se dégager du corps et l'aide aussi dans son ascension.

Le Japon célèbre chaque année pendant deux jours la Fête des Ames. A la nuit, on illumine la ville, puis on se rend vers les cimetières. On invite les âmes à venir, et on ne néglige rien pour les recevoir dignement. Les hommes et les femmes s'entretiennent d'ailleurs à haute voix avec leurs défunts. Puis, le lendemain, on chasse les âmes vers les cimetières à grands coups de pierres, afin qu'aucune d'elles ne demeure dans la ville.

Au Tonkin, le premier jour de chaque semaine, on présente du riz cuit aux âmes de ceux qui sont morts de faim. On espère ainsi se rendre favorables les âmes les plus lucides (car le jeûne et la sobriété sont un gage de lucidité).
Aux Indes, les insulaires des Moluques croient que les âmes, dans les premiers jours qui suivent la mort, reviennent hanter leur maison et s'attaquent violemment aux survivants qui ne pensent pas assez à eux, et aux jeunes enfants. Aussi continue-t-on à tenir leur lit prêt et à mettre leur couvert.

Dans le Laos, on croit que les âmes des méchants sont anéanties et que celles des bons deviennent lumineuses, montent dans un paradis où elles se rassasient de plaisirs, puis redescendent sur terre s'unir à un corps. En Afrique, dans le Royaume du Loango, on croit que chaque famille a un certain nombre d'âmes, fixé une fois pour toutes ; celles des morts retournent aux enfants. On voit là qu'il y a toutes sortes de conceptions intermédiaires entre nos conceptions occidentales et la réincarnation, théorie selon laquelle les âmes désincarnées s'unissent de nouveau à un corps jusqu'à leur purification totale (voir au mot métempsychose).

Ce n'est pas ici l'endroit d'exposer, ni même de résumer les débats qui ont retenu l'attention des philosophes depuis les temps les plus reculés. Proposons seulement cette considération que l'existence de l'âme est un faux problème pour cette seule raison que l'âme est une projection ou un attribut du
moi individuel. Aussi consistante et durable que ce dernier, elle se manifeste objectivement sous sa forme subtile (voir au mot Métapsychique) et peut se manifester après la mort dans la même mesure où une rémanence du moi semble logique et probable.

Toutefois, et parce que le
moi est un accident par cristallisation d'angoisse au sein de la substance universelle, il ne faut accorder à l'âme que la valeur d'un phénomène et du fatras métaéologique qui entoure la notion d'âme que la valeur d'une manifestation d'angoisse humaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

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