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Sociétés Secrètes d'Adolescents

 Voir aussi : Bandes, Scoutisme et totémisme .


On a défini l'adolescent “individu qui, à partir de la puberté est physiquement un adulte, mais que la société contraint à un rôle et à un statut d'enfant”.

Aussi l'adolescence est de toutes les périodes de l'humaine existence la plus instable et la plus exposée aux dangers collectifs et individuels. C'est pourquoi l'adolescent a tendance à chercher refuge et protection au sein des sociétés secrètes dont les adultes sont exclus.

Cette autodéfense se justifie en premier lieu par la volonté même des adultes qui, pour organiser un temps de formation spécifique, favorisent l'agglomération des adolescents en groupements séparés de tous les autres (tribu, classe, cité), préservés par un véritable code de prescriptions et d'interdictions, réservé aux seuls néophytes et aux seuls initiés.

On se trouve alors en présence de sociétés à caractère initiatique.

Les Sociétés Secrètes d'Adolescents peuvent apparaître au contraire par un élan de réaction spontané des adolescents frustrés par la société et qui, pour conquérir la place qu'on leur refuse, se regroupent, en se préservant par le secret, de la répression et de la vengeance des adultes. On obtiendra ainsi des sociétés à caractère politique.

Cette distinction est loin d'avoir une valeur absolue, car de nombreuses sociétés politiques adoptent en se structurant des pratiques initiatiques, tandis que des sociétés initiatiques débouchent sur la politique (c'est le cas notamment des sociétés à caractère religieux ou magique qui détiennent un pouvoir en marge du pouvoir légal).

Les sociétés politiques elles-mêmes, lorsqu'il s'agit des adolescents, peuvent être de deux espèces : les sociétés d'autodéfense qui ne poursuivent aucun but d'amélioration de la société (bandes, gangs), et les sociétés de conquête ou d'idéal, dans lesquelles les adolescents cherchent à imposer aux adultes eux-mêmes leur vision d'une société meilleure conforme à leurs aspirations.

Ces observations nous amènent à une distinction nouvelle et très simple entre les sociétés spécifiques et les sociétés d'agrégation ou de passage.

Nous appellerons sociétés spécifiques celles qui sont fondées par les adolescents eux-mêmes pour la satisfaction de leurs besoins immédiats et qui s'éteignent avec la fin de l'adolescence. Nous appellerons sociétés d'agrégation toutes celles qui, d'une façon ou d'une autre, spontanées ou organisées, ont pour objectif de déboucher sur la vie adulte et de faciliter l'accession du jeune homme à un statut d'adulte.

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Les Sociétés Secrètes d'Adolescents dans l'histoire de l'Europe

Sans remonter, comme nous pourrions le faire, très haut dans l'Histoire, sachons que depuis plusieurs siècles, ont existé en Allemagne et en Suisse des «Knaben» et «Burs- chengesellschaften» (association de garçons et d'étudiants) prouvant l'existence de classes d'âges avec des rites (circumambulation, passage par le feu, flagellation, rites de purification).

Durant tout le Moyen Âge, on trouve la trace d'organisation de ce genre jusqu'en Savoie (sous le nom d'«abbayes de la jeunesse»). Les Allobroges puis les Burgondes, étant de souches celto-germaniques, possédaient sans doute des institutions du même ordre que les hétairies grecques et les sociétés de garçons allemandes. Celles-ci durent à certains moments échapper au contrôle des autorités et se constituer en sociétés secrètes d'adolescents, puisque le Sénat de Savoie, en 1560, fit «défense à tous de faire anciennes abbayes, charauaries [charivaris] et autres assemblées et congrégations illicites».

Le président Favre, père de Vaugelas, approuva la «suppression de ces sociétés vulgairement appelées abbayes, établies pour exercer les jeunes gens et les porter à une amitié mutuelle, et accompagnées d'amusements frivoles».

Dans la lutte des idées libérales qui secouent l'Europe entre 1820 et 1848, certaines sociétés secrètes s'articulèrent d'une façon très précise en sociétés d'adultes et sociétés de jeunes, ces dernières étant rigoureusement séparées des autres, ne fût-ce que par mesure de prudence.

Les premières associations officielles d'étudiants, les «Burschenschaften», avant été dissoutes en 1819, se fondèrent un peu partout des “Junglingsbunden” (clubs de jeunesse), dont le caractère clandestin était beaucoup plus marqué et qui donnaient parfois le jour à des “Orden” plus activistes et plus structurés.

De jeunes chefs, tels Rob Wesselhöft, Von Sprewitz, Hildebrand, s'illustrèrent dans les principales universités. Karl Follens avait même fondé une pré-école de jeunes adolescents et voulait rassembler sous une couverture de “philhellénisme” une armée de 10 000 jeunes gens à Iéna, capable d'emporter le pouvoir en Thuringe. Le projet avorta par la division des chefs, mais un rassemblement important eut lieu le 12 octobre 1821 à Erlangen.

Dans ces mouvements, lycéens et étudiants ont joué un rôle déterminant : il en fut ainsi, par exemple, en 1830-1848 (dans toute l'Europe), 1870 (en France), 1917 (en Russie), 1934-1936 (en France, Espagne...). Mais les sociétés vraiment spontanées d'adolescents sont assez rares en ce domaine.

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Sociétés Secrètes d'Adolescents en Franche-Comté

Un épisode assez curieux nous est fourni cependant par les guerres de conquête de la Franche-Comté pendant la guerre de Trente Ans. En l'absence d'une résistance sérieuse des adultes, ce furent des enfants — et parfois d'assez jeunes enfants — qui, dans plusieurs villes et spécialement à Dôle et à Arbois, organisèrent spontanément une résistance clandestine. Une “tour des culs fouettés” au pays de Dôle atteste de la magnanimité des troupes françaises qui, croyant se trouver en face de dangereux terroristes, se bornèrent à une solide correction quand ils virent que le plus âgé de leurs adversaires atteignait à peine seize ans.

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La chouannerie

Durant les Cent Jours, une aventure analogue mit en scène un groupe de trois cents élèves du collège de Vannes qui, en dépit de toutes les interdictions et mises en garde des autorités civiles et scolaires, prirent le maquis, commandés par le fils de Cadoudal. S'étant donne un état-major, assurant eux-mêmes leur intendance, s'étant emparés des armes et munitions qui leur étaient nécessaires sur une colonne d'impériaux, ces jeunes volontaires remportèrent une victoire à Sainte-Anne-D’auray, puis à Muzillac.

Le caractère spécifique de cette armée est attesté par une organisation hiérarchique remarquable, la confection d'un drapeau qui leur était propre et un serment qu'ils ne prêtaient qu'entre eux : “Je jure de ne jamais pactiser avec l'usurpation et de mourir s'il le faut plutôt que d'abandonner mes camarades.”

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Sociétés Secrètes d'Adolescents en pays germanique

On connaît le rôle que les sociétés secrètes jouèrent avant l'avènement du national-socialisme dans la destruction de la jeune République de Weimar entre 1919 et 1932.

Les conjurés utilisèrent bon nombre de groupes de jeunesse plus ou moins analogues à la Vehme du Moyen Âge.

Ces groupes — dont certains s'affichaient au grand jour et d'autres se dissimulaient sous une couverture sportive, éducative, militaire ou philanthropique de pure forme — étaient presque tous organisés en sociétés secrètes ou comportaient une sous-section de quelques membres, ayant une activité politique souvent inconnue des autres membres.

On ne peut citer ici la liste complète qui avoisinerait la bonne centaine. Parmi les plus représentatives figurent la Jeunesse Bismarck, le Cercle des écoles secondaires allemandes, la Jeunesse Siegfried des peuples allemands, le Bund de la jeunesse nationale allemande, le Bund des étudiants nationaux allemands, les Wandervogel, Eros, Bund de la jeunesse germanique, Bund du Graal, Jeunesse du Bund allemand Kyffhauser, Jungborn Bund, Bund des chercheurs de la jeunesse allemande, Jeunesse nationale, Bouclier d'argent, Société de gymnastique Théodor-Koerner, l'Audacieux, Jungdeutscher, Orden, etc.

Les pays germaniques restent d'ailleurs la terre d'élection des sociétés secrètes de jeunes.Si celles-ci disparurent sous le IIIe Reich qui avait organisé une jeunesse d'État à la prussienne et si les fameux “Wehrwolf” qui devaient recruter dans les jeunesses hitlériennes n'eurent qu'une existence presque symbolique, il est certain que, dès 1947, des sociétés secrètes d'adolescents, plus ou moins teintées de nationalisme, se reconstituèrent.

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La nostalgie du Graal

À un Bund Deutscher Jungend (association de la jeunesse allemande), qui groupait des garçons en chemise blanche et foulard noir qui prêtaient serment sur un poignard au cœur des forêts, ont sûrement succédé depuis la défaite du nazisme des groupuscules plus clandestins et mieux organisés.

Ces groupements ont cherché leur inspiration dans un passé lointain, mais très germanique.

C'est ainsi qu'il existe deux sociétés secrètes composées uniquement d'adolescents ou de très jeunes adultes : les Rote Ritter (chevaliers rouges) et les Rote Rebellen (rebelles rouges), en liaison probable avec des groupes similaires belges, néerlandais, français..., adoptant une tenue paramilitaire dans les réunions les plus secrètes.

D'inspiration néo templière, cette association, qui eut sûrement des liens avec les Chercheurs du Graal (association européenne clandestine fondée en 1947), s'est rendue à Montségur en 1966 et 1967. Ses émissaires incrustèrent même sur le donjon du château un pentagramme de pierre et emportèrent plusieurs moellons pour reconstruire une tour qui leur sert de lieu de réunion en Allemagne.

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Sociétés Secrètes d'Adolescents

 Bibliographie
 

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