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Rêves

Rêves — Pour les rêves prophétiques, voir au mot Songes.

Pour l'interprétation des rêves, voir au mot Oniromancie. La question des rêves ne relève pas de l'occultisme. Cependant, et pour éviter des erreurs, il convient de la résumer rapidement : on sait que dans un temps encore peu éloigné de nous, tous les rêves étaient considérés comme significatifs, surtout lorsqu'on n'y voyait pas le reflet direct d'une préoccupation.

Faute de posséder le principe d'interprétation de cette signification, on s'en tenait à des clefs vagues, colportées par la tradition avec toutes les déformations et additions que comporte ce mode de transport.

On avait déjà fait du chemin depuis les civilisations primitives dans lesquelles l'apparition en rêve était considérée comme apparition réelle, mais on était loin d'avoir retrouvé une notion du phénomène aussi sûre que l'avaient eue les Égyptiens. Bref, la philosophie cartésienne suscita l'élaboration de maintes théories plus ou moins mécanistes, jusqu'à l'associationnisme de Taine, puis la théorie du Rêve-Réveil de Foucaud. Tous les psychologues étudiaient le mécanisme du rêve, mais négligeaient d'en étudier le contenu.

Puis naquit la psychanalyse et l'on s'avisa de découvrir :

1) une analyse du contenu des rêves ;
2) une dynamique des rêves.

 1°) Dans le contenu, on démêla assez facilement ce qui provenait de sensations internes et externes perçues pendant le sommeil (cette étude était déjà faite), ce qui prolongeait en quelque sorte les événements de la journée (liquidation des résidus de l'état de veille), ce qui, enfin, apparaissait sous une forme détournée, mais signifiait, sur un autre plan, des choses ou des désirs compréhensibles pour peu qu'on connût les problèmes profonds du dormeur.

On s'aperçut notamment que les mêmes préoccupations s'expriment diversement, mais sous des formes ayant une parenté symbolique : ce que le dormeur ne se permet pas de penser au clair, même en dormant, apparaît dans le rêve sous une forme symbolique. On collectionna les formes symboliques et leurs significations et on alla jusqu'à établir de véritables dictionnaires de symboles — ce qui était aller un peu loin, pour des raisons qui sont expliquées à l'article Symbole.

 
2°) D'autre part, se constitua une dynamique du rêve. C'est-à-dire que les psychanalystes découvrirent progressivement comment une tendance, comprimée par les interdictions morales ou sociales ou par les circonstances, acquérait un véritable potentiel propre, émettait des radiations secondaires revêtant des formes assez différentes de celles de la tendance originelle ; comment ces manifestations déguisées prenaient une forme symbolique pour traverser le barrage des interdits à la faveur du sommeil, comment elles se combinaient entre elles, etc...

Le fruit de cette vaste étude, qui- n'est pas terminée, fut double. Ce fut d'abord la découverte d'un moyen de repérer, dans les profondeurs de l'inconscient, les problèmes profonds des individus souffrant d'angoisses inexplicables ou dont la conduite n'était pas celle qu'on dit parfaitement normale. Le deuxième résultat fut de découvrir qu'en partie, les inconscients individuels participent de l'inconscient universel et que le processus symbolique du rêve est du même ordre que celui auquel nous devons la mythologie, le folklore et nombre d'arcanes traditionnels.

A la faveur de ces dernières considérations, ou en marge de ces conceptions, les chercheurs ont enfin entrevu le moyen de retrouver les grandes vérités de l'Homme par le rêve, fût-ce en le provoquant. Parmi les grands promoteurs du Rêve Éveillé, du Rêve Artificiel et de toutes les entreprises de cet ordre (liées ou non à des visées métapsychiques), il faut citer avant tous les autres le colonel Caslant. Parmi ceux qui ont ramené la recherche à la clinique, il faut citer avant tous les autres Robert Desoille.

Enfin, parmi ceux qui ont porté la question sur un terrain supérieur, au-dessus de tous les autres, il faut citer le professeur Jung. Or, peu à peu, le rêve et son symbolisme deviennent un lieu de passage vers la structure de l'univers. Une once de faculté de voyance y ajoute la transparence de cette structure vers l'avenir aussi bien que vers le passé, et nous en arrivons à la notion de songe au sens ancien et traditionnel du mot.

Assurément, ce n'est pas la connaissance de toutes ces choses qui rend le songe prophétique plus fréquent ni plus provocable... Mais cette connaissance aide à comprendre un point important. Les rêves, avons-nous dit, sont symboliques. Dans leur symbolisme se manifestent à la fois les problèmes individuels et le fonds commun des préoccupations humaines. La part respective de l'individuel et de l'universel est inégale. Pour l'immense majorité des gens, les problèmes individuels masquent le tout. Autrement dit, l'individu ne devient un outil d'exploration de l'univers qu'a partir du moment où il a liquidé tous ses problèmes personnels.

Cela nous aide à comprendre que seuls les songes des grands initiés, des Zoroastre, des saint Jean, aient retenu l'attention de l'humanité par la valeur prophétique de leur message. On comprend pourquoi les Anciens préconisaient une ascèse avant de prendre les songes en considération. On comprend encore que nous ne puissions en donner toutes les raisons ici, qu'on ne s'improvise pas prophète ni songeur de classe, et que pour songer il faut d'abord avoir fini de rêver.

 

 

 

 

 

 

 

 

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