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Mandragore

— Mandragore — (Atropa Mandragora). C'est une solanée, proche parente de la belladone, dont la racine épaisse, velue et fréquemment bifurquée, ressemble au corps humain. Elle était surnommée « demi-homme » par Columelle, et appelée « à forme humaine » par Théophraste.

mandragore 

La tradition rabbinique veut que la mandragore ait poussé dans le paradis terrestre, au pied même et à l'ombre de l'arbre du bien et du mal. « Il est certain, dit Eliphas Levi, que l'homme est sorti du limon de la terre ; il a donc dû s'y former, en première ébauche, sous la forme d'une racine. Les analogies de la nature exigent absolument qu'on admette cette notion, au moins comme une possibilité.

Les premiers hommes eussent donc été une famille de gigantesques mandragores sensitives que le soleil aurait animées et qui, d'elles-mêmes, se seraient détachées de la terre ; ce qui n'exclut en rien, et suppose même au contraire, la coopération providentielle de la première cause que nous avons raison d'appeler Dieu. »

La plus connue des plantes magiques. Sa racine évoque la forme d'un homme, ce qui explique, par l'analogie, le rôle qu'on lui attribue dans de nombreuses traditions. Elle est citée deux fois dans la Bible :

“S'en étant allé au jour de la moisson des blés, Ruben trouva des mandragores et les apporta à Léa, sa mère. Rachel dit à Léa : “Donne-moi, je te prie, des mandragores de ton fils.” Elle lui dit : “Est-ce trop peu pour toi d'avoir pris mon mari que tu prennes encore les mandragores de mon fils ?”
“Eh bien ! dit Rachel, qu'il couche avec toi cette nuit, en échange des mandragores de ton fils.” Léa conçut et enfanta à Jacob un cinquième fils, qu'elle appela Issachar” (Gen., XXX, 14/19).

“Les mandragores ont exhalé leur parfum. Nous avons à nos portes toutes sortes de fruits exquis. Les fruits nouveaux, comme les anciens, mon bien-aimé, je les tiens en réserve pour toi” (Cant., VII, 13)."


D'autre part, nous lisons dans Stanislas de Guaita : « Une vieille tradition dans le temple de Satan veut que l'homme ait apparu primitivement sur la terre, sous des formes de mandragores monstrueuses, animées d'une vie instinctive, et que le souffle d'En-Haut évertua, transmua, dégrossit, enfin déracina, pour en faire des êtres doués de pensée et de mouvement propre. » Les premiers patriarches cultivaient la mandragore dont ils connaissaient les propriétés érotiques, stupéfiantes et hallucinatoires.

Les Grecs et les Romains mangeaient eux aussi, après en avoir éliminé les sucs vénéneux, la mandragore. Nous lisons dans l'Ancien Testament, dans la Genèse : « Ruben étant sorti à la campagne lorsqu'on semait le froment, trouva des mandragores qu'il apporta à Léa, sa mère à laquelle Rachel dit : « Donnez-moi des mandragores de votre fils. » Mais elle lui répondit : « N'est-ce pas assez que vous m'ayez enlevé mon mari sans avoir encore les mandragores de mon fils ? » Rachel ajouta : « Je consens qu'il dorme avec vous cette nuit, pourvu que vous me donniez de ces mandragores de votre fils. »

Les Anciens faisaient entrer la mandragore dans la composition des philtres, elle joua dès la plus haute antiquité un rôle capital dans les opérations magiques. Les Grecs appelaient cette plante « herbe de Circé», et croyaient que c'était à l'aide des sucs de la mandragore que Circé, la magicienne, avait changé les naufragés de son île en pourceaux. Les sorcières de Thessalie en faisaient usage dans les philtres ; Hippocrate et Galien préconisaient l'emploi de la mandragore et Pline lui-même, distinguant la mandragore mâle et la femelle, consacre toute une notice à con emploi.

Les naturalistes, confirmant par la science moderne la mandragore comme antidote de la morsure des serpents, semblent d'une manière ésotérique relier cette plante au serpent de l'arbre du Bien et du Mal. De par la loi d'analogie, la mandragore fut un antidote moral avant que d'être celui du poison physiologique.

Au Moyen Age, on lui fit une place exceptionnelle dans la pratique magique sous le nom de « petit homme planté ». On considérait celui qui en possédait comme riche et heureux jusqu'à la fin de ses jours. On croyait que, placée dans un coffre avec des pièces de monnaie, elle en doublait chaque jour le nombre. On la douait de toutes les facultés humaines, après certaines cérémonies magiques. Elle atteignait des prix exorbitants, si bien que des supercheries nombreuses consistant à truquer des racines diverses et à les vendre sous le nom de mandragores, furent constatées.

En Italie, elle portait le nom de « mandragorre » ou « mandagloire »> main de gloire, et fut confondue avec la main de gloire des sorciers et employée à déceler les trésors cachés.

D'après des textes du XVIe siècle, la mandragore était employée dans les onguents qu'utilisaient les sorcières et dont elles s'oignaient avant de se rendre au Sabbat. La formule de cet onguent indique : « Mélanger ensemble de la berle, de la mandragore, de l'aconit, de la quintefeuille, du sang de chauve-souris, de la morelle endormante et de l'huile. S'en frotter tout le corps jusqu'à le faire rougir. Ainsi, on peut être porté de nuit, à la clarté de la lune, par l'air, aux banquets, aux musiques, aux danses et embrasdes plus beaux jeunes hommes qu'on désire. »

Dès l'Antiquité la plus lointaine, l'ambition des adeptes des Hautes Sciences fut la maîtrise vitale par des moyens différents de ceux qu'employaient les alchimistes. Ils tentèrent de créer des êtres humains doués de vie, de mouvement, de volonté, tels que les Téraphims, Golem, Androïdes, Homoncules (voir ces mots). Ils souhaitaient de conquérir grâce à eux, comme par la mandragore, un pouvoir surhumain et une puissance s'étendant aussi bien sur les hommes que sur la nature.

Bien qu'on prétende actuellement que la mandragore ne pousse plus qu'au pied des gibets, et que l'on dise qu'elle est engendrée par les larmes et incarne les âmes désespérées des pendus, il demeure des mages qui lui accordent encore son sens traditionnel. Son arrachement demeure une grave et dangereuse opération magique.

On doit s'y préparer par le jeûne et la méditation. Il faut, pour y réussir, un chien qui ait toujours' été fidèle à son maître et des cheveux d'une vierge qui, même par la pensée, n'ait jamais péché contre la chasteté. On fait une cordelette de ces cheveux et on noue cette dernière au col de la mandragore. Elle pousse à ce moment des plaintes déchirantes et des cris horribles, mais sous peine de mort, il faut se garder de s'en émouvoir. L'autre extrémité de la cordelette est alors attachée au collier du chien. A ce moment, il faut fuir le plus loin possible et appeler le chien qui est inéluctablement foudroyé. On peut ensuite revenir et ramasser la mandragore qui continue à gémir et à saigner.

Pour un mage, c'est une opération beaucoup plus longue et plus délicate à conduire, mais elle prend aussi un caractère occulte infiniment plus riche. C'est entre onze heures du soir et minuit, un samedi, que doit se préparer le mage. Il doit être revêtu d'une robe noire, avoir une tiare de plomb, des bracelets de plomb ornés de pierres consacrées à Saturne : onyx, saphir clair, jais, perle noire, obsidienne.
L' anneau sera de plomb avec l'une des gemmes déjà indiquées sur laquelle aura été gravé un serpent enroulé autour de la pierre. Si le mage n'a pas de tiare, il peut la remplacer par une couronne d'offodilus, plante consacrée à Saturne et qui a le pouvoir de chasser les esprits. Il portera sur lui un pantacle de Saturne, sur lequel doivent être inscrits les noms des quatre esprits :
 Omliel, Anachiel, Aran Kial, Anazachia. 

Le mage devra aussi se pourvoir d'une poudre pour les fumigations composée de chlorate de potasse, soufre en poudre, craie sèche en poudre, oxyde noir de cuivre. A l'heure précise, tenant une baguette magique d'une main et de l'autre une épée, le mage sortira de sa demeure. Cette baguette magique doit être une tige de saule cueillie dans le décours de la lune et ornée de sept bagues composées des sept métaux planétaires dans un ordre convenu :

Soleil : Or

Lune : Argent

Mercure : Mercure

Vénus : Cuivre

Mars : Fer

Jupiter : Étain

Saturne : Plomb

Deux boules aimantées, l'une positivement, l'autre négativement, seront placées aux extrémités de la baguette. L'épée devra être de plomb gravée en son centre du signe de Saturne dans un hexagone régulier. Autour de cet hexagone, on peut graver divers pantacles saturniens. A sa ceinture, le mage portera un couteau neuf fabriqué par lui-même. La lame devra être d'acier trempé dans une huile consacrée, le manche en cyprès cueilli en lune croissante.

Arrivé au lieu où se trouve la mandragore, le mage tracera trois cercles autour de la plante convoitée.

Il faut d'abord inscrire dans le cercle du milieu le nom de l'heure à laquelle est faite l'opération.

En second lieu, le nom de l'ange ou du génie.

Troisièmement, le sceau de l'ange de l'heure.

Quatrièmement, le nom de l'ange et de ses ministres qui président au jour où l'on fait l'ouvrage.

Cinquièmement, le nom du temps actuel.

Sixièmement, le nom des Esprits qui règnent et président alors.

Septièmement, le nom du signe régnant.

Huitièmement, le nom de la terre selon la maison où est faite la cérémonie.

Neuvièmement, pour perfectionner le cercle du milieu, écrire le nom qu'aura le soleil et la lune en ce temps-là, car, ainsi que le temps, les noms changent.

Dans le cercle intérieur, on mettra quatre noms de Dieux séparés par des croix. Noter qu'en dehors du cercle à chaque angle, il doit y avoir une figure pentagonale, c'est-à-dire une étoile à cinq branches.

Dans l'aire du cercle divisé d'une croix, on écrit du côté de l'Orient
 Alpha, et de l'Occident Oméga. On complète par un carré aux coins duquel se tracent des cercles plus petits dans chacun desquels se place un réchaud pour les fumigations. Vers l'Orient on trace un autre cercle dans lequel on écrit Ieve, c'est là que les esprits apparaissent. Le triangle sera remplacé par un petit autel de gazon orné de violettes en guirlandes, d'iris noirs ou de cinéraires, au pied duquel un petit fossé sera creusé. »

Le mage doit avoir les pieds nus et prononcer une oraison. Il jette ensuite sur le feu des cassolettes une pincée de parfums ; puis il sort vite du cercle et égorge promptement un hibou avec son couteau, de façon que le sang coule dans le fossé creusé. Il rentre rapidement dans le cercle et fait une seconde offrande aux Esprits du sang ; la poudre jetée doit donner une flamme sombre, presque noire. C'est à la lueur de cette flamme que le mage doit arracher la mandragore, en se servant d'un fragment de linceul récemment pris à un mort.

Le danger qu'il court est alors solennel, les forces qu'il a tenté de soumettre se tournent contre lui, une tempête s'élève, les larves vivifiées par le sang tourbillonnent, avides d'une nouvelle proie, autour du cercle magique. Il ne faut pas que le feu s'éteigne sans quoi le mage est perdu. Tenant entre ses mains la mandragore, il doit prononcer d'autres oraisons, jeter à nouveau des poudres dans les encensoirs, puis rompre avec son épée le cercle magique et, toujours en s'en défendant, regagner sa demeure.

La mandragore sera ensuite plantée très superficiellement dans de la terre rouge, avec le couteau, il coupera les feuilles qu'elle peut avoir ; à la place des yeux, il placera deux baies de genièvre ; à l'endroit de la bouche, une baie d'églantine, et il fera adhérer un peu de terre rouge humectée de rosée et de grains de millet autour des parties sexuelles et de la tête. Il ne doit plus quitter la mandragore et il assistera au prodige. Au bout de trois jours, le petit être palpitera faiblement, les grains de genièvre prendront l'éclat des yeux, la baie d'églantine deviendra une petite bouche charnue, le millet deviendra cheveux. Le passage merveilleux du règne végétal au règne animal sera accompli et le « petit homme » s'arrachera peu à peu lui-même de la terre rouge.

Tout ce rituel a évidemment plusieurs significations. La première et la plus concrète, celle qui apparaît à la lecture, n'a pas de sens si l'on en exclut les opérations psychiques dont le texte n'offre pas la clef — clef qui peut être découverte parallèlement par l'ascèse alchimique par exemple. Le deuxième plan d'explication est analogique et symbolique et raconte l'aventure de l'homme, ce qui mène au troisième sens, c'est-à-dire à l'énoncé d'un rituel d'initiation. Pour aider au déchiffrement de ce rébus, le lecteur peut s'aider des indications données d'autre part sur la symbolique des diverses pièces du jeu (cheveux, cheveux de vierge, chien, chien noir, saignement de la mandragore, cercle magique, épée magique, etc...).

Ouvrage à consulter :

Schmidt (A.M.) : la Mandragore (Flammarion, 1958).

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Sources :
Histoire des Personnages Mystérieux & Des Sociétés Secrètes - Sous la direction de Louis Pauwels
Dictionnaire des Sociétés Secrètes en Occident - Sous la direction de Pierre Mariel
Dictionnaire pratique des Sciences Occultes – Marianne Verneuil



 

 

 

 

 

 

 

 

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