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Karma

— Karma — Le Karma est une notion orientale assez complexe que nous ne pouvons exposer avec rigueur dans les limites de cet article. Nous en donnerons donc :
1°) Une image simplifiée à l'usage des profanes.
2°) Une explication critique à l'usage des initiés.

1°) La loi du Karma est une loi morale en vertu de laquelle nos bonnes et mauvaises actions nous suivent à travers nos existences successives. A la vérité, nous sommes enchaînés karmiquement non seulement à notre passé, mais au passé du Monde. La notion de Karma suppose donc que, tout en changeant de corps et de personnalités, quelque chose de nous subsiste jusqu'à l'épuration totale — encore que tout souvenir nous en soit retiré pendant nos apparitions sur terre.

2°) Au milieu est le Rien, dit Bouddha. Autour, nous prenons des formes diverses et, en ce qui nous concerne, des personnalités diverses selon l'enchaînement du déterminisme universel. Nous sommes une vague de l'Océan. Nous procédons des vagues précédentes. Si la vague antérieure était très élevée, le creux suivant sera très profond et la vague suivante très élevée.

Pourtant rien n'est passé d'une vague à l'autre, sinon la notion abstraite d'un module. Mais si moi, vague une telle, je subis la détermination de la vague précédente, si j'ai sa forme, sa personnalité, je n'ai pourtant rien de commun avec elle : mon eau et son eau ne sont pas au même endroit et son eau n'est pas venue d'un endroit à l'autre. C'est une autre vague ; moi, je suis d'une autre substance.

Et pourtant, en fin de compte, nous sommes le même océan. Le Karma est l'Océan du Tout ; en lui, les formes, qui ne sont rien, s'enchaînent avec rigueur. Moi, je suis l'eau de ma vague et je ne dépends de rien. Pourtant, je vais m'évanouir et le « quelque chose » va passer à la vague suivante. Cela ne regarde que l'océan. Au surplus, je n'y peux rien, sinon me résoudre à être océan, c'est-à-dire Tout, et non pas « forme de la vague », c'est-à-dire Rien... ce rien qui passe avec rigueur. En un mot, le Karma n'existe que dans les limites du Moi et là, il existe.

Mais aussitôt que je suis sorti de là pour rentrer dans le Soi universel, il n'a plus de sens. Si d'aventure je revenais habiter un Moi nouveau, je retrouverais le Karma, et mon nouveau Moi subirait évidemment, au même titre que l'humanité entière, les conséquences de tout ce qui a précédé et aussi de la cause particulière que constituait mon Moi ancien. Et ainsi de suite jusqu'à ce que l'Océan n'ait plus de vagues.

Métaphysiquement parlant, le Karma n'a de sens que dans les limites du Moi. On peut donc le considérer comme une catégorie
transcendantale de la Morale.

 

 

 

 

 

 

 

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